Après deux années à travailler spécifiquement sur le thème de l'alimentation, nous faisons le choix pour ces deux prochaines années, d'aborder plus particulièrement le sujet de la biodiversité en agriculture.
L’agriculture est au cœur des enjeux de notre époque : biodiversité, alimentation, changement climatique, ressource en eau, sols, développement économique durable, santé… Avec le passage à la nouvelle année, la tête de Réseau InPACT change de thématique. Nous souhaitons pour les deux prochaines années aborder plus spécifiquement la thématique de la biodiversité, qui englobe la diversité de toutes les formes de vie. Outre les animaux et les plantes, les bactéries et les champignons sont également pris en compte dans l’évaluation de la diversité biologique.
Si les pratiques agricoles intensives ont un impact certain sur l’environnement, d’autres favorisent la biodiversité et l’utilisent comme une alliée. En parallèles des missions habituellement confiées à la tête de réseau InPACT sur les questions d’agricultures alternatives, nous insisterons ces deux prochaines années sur l'urgence de produire autrement, avec le vivant, en vulgarisant les problématiques et solutions existences. Notre agriculture contribue fortement à la préservation ou à la remise en bon état de la biodiversié, et nous souhaitons vous le montrer.
Une perte de biodiversité sans précédent
Ces dernières années, les chiffres catastrophiques sur l’état de la biodiversité ne cessent de s’accumuler, attestant de la 6ème extinction de masse en cours.
- En Europe, le nombre d’oiseaux a décliné de 25 % en 40 ans, voire de près de 60 % pour les espèces des milieux agricoles ; l’agriculture intensive est la principale pression associée à ce déclin1.
- Concernant les insectes, de nombreuses études menées durant ces dix dernières années montrent que les populations ont diminué de 70 à 80 % dans les paysages européens mixtes agro-industriels.
La disparition des oiseaux et des insectes n’est que la partie émergée de l’iceberg. Des dégradations de l’environnement plus profondes s’opèrent et c’est toute la chaine trophique qui se porte mal aujourd’hui. La biodiversité vit donc aujourd’hui une chute sans précédent, sa sixième crise d’extinction massive, et la première causée par les activités humaines. L’agriculture intensive joue un rôle considérable dans ce déclin : simplification des habitats, usage massif de pesticides et engrais de synthèse. Des solutions existent pourtant pour une agriculture respectueuse du vivant.
Le maintien ou l’enrichissement de la biodiversité
L’agriculture mérite mieux que les organismes génétiquement modifiés (OGM) et le verdissement du modèle industriel. Afin de permettre aux générations futures de répondre à leurs propres besoins, et aux générations présentes de vieillir en bonne santé, la préservation de l’environnement, de la biodiversité et du territoire constituent des priorités que les systèmes agricoles doivent prendre en compte. La diversité des populations animales élevées et des variétés végétales cultivées constitue une richesse génétique qui permet de mettre en oeuvre des systèmes de production adaptés aux réalités pédoclimatiques et aux évolutions du contexte économique.
La biodiversité naturelle favorisée par la présence d’espaces naturels tels que haies, bois, landes, bandes enherbées… permet la régulation hydrique, la lutte contre l’érosion, ou la présence des auxiliaires. La biodiversité est donc à considérer comme un patrimoine collectif et un facteur de production pour l’agriculture, ainsi la participation de chacun des agriculteurs au maintien de la biodiversité est non seulement un devoir mais aussi un droit qui ne peut pas être entravé par l’appropriation du vivant dans un but mercantile et non respectueux des équilibres naturels comme les OGM alimentaires.
Un socle commun pour une agriculture durable
Lancé au début des années 2000, InPact a pour vocation de fédérer des réseaux de développement agricoles à même de montrer la voie pour sortir d’une industrialisation de l’agriculture à outrance et fournir une alimentation de qualité à l’ensemble de la population. La protection de l’environnement est partie intégrante et indissociable de notre socle commun pour une agriculture durable qui vise à protéger et rétablir la santé et l’intégrité de l’écosystème terrestre : préserver la fertilité des sols, la biodiversité, les paysages la qualité de l’air et de l’eau, etc.
Des solutions à essaimer
Une agriculture durable
Préservation de la vie du sol, engrais verts à fort potentiel de biodiversité, plantation de haies fruitières, prairies naturelles, association de cultures, agroforesterie… InPACT NA, riche de ces nombreux membres, agit depuis 20 ans pour transformer les systèmes agricoles. Les paysans et les paysannes du réseau respectent le vivant et gèrent les équilibres biologiques (on ne fait pas la guerre à la nature, on travaille avec).
Une agriculture biologique
L’agriculture biologique intègre depuis toujours le respect du vivant au cœur de ses pratiques. Et les chiffres le montrent : par rapport à une conduite conventionnelle, l’agriculture biologique favorise la diversité des espèces (+23% d’espèces) et leur abondance (+32% d’individus au sein de ces espèces) dans les parcelles agricoles (rapport ITAB 2024). En s’interdisant l’utilisation de pesticides ou engrais de synthèse, elle joue un rôle clé dans la préservation de la biodiversité et oblige les agriculteurs bio à mettre en place des pratiques en coopération avec le vivant afin de lutter naturellement contre les ravageurs des cultures et conserver un bon niveau de rendement (rotations longues et diversifiées, incluant des légumineuses, couverture des sols…).
Une agriculture biodynamique
La charte du Mouvement de l'Agriculture Bio-Ddynamique le souligne : « Nous agissons pour favoriser la richesse et la biodiversité animale, végétale et paysagère, ainsi que la vitalité de l’eau et de l’air ». La nécessité d’avoir sur chaque ferme certifié par Demeter une proportion de 10% des surfaces dédiées à la biodiversité est la manifestation de cet engagement. La promotion de la diversité des espèces dans les exploitations agricoles constitue un élément essentiel de la production. La biodynamie va encore plus loin que l'agriculture bio : lorsqu’on regarde les interactions entre les bactéries et les champignons par exemple, les chercheurs observent une augmentation très significative entre les parcelles cultivées en bio (1700 liens) et celles cultivées en biodynamie (49 000 liens), soit 30 fois plus d’interactions.
Il est urgent d'agir
Nombreux sont les agriculteurs qui se sentent pris au piège. Les réformes successives de la PAC n’ont jusqu’à présent jamais été en mesure de ralentir l’érosion de la biodiversité dans les fermes, car les aides financières qui encouragent les pratiques néfastes pour la biodiversité restent bien majoritaires face à celles qui sont pensées pour en réduire les “dégâts”. La prochaine PAC, en cours de réforme, semble une fois de plus prendre la mauvaise direction, ne permettant pas à l’agriculture de demain de relever les enjeux liés à l’effondrement de la biodiversité, à la dégradation des ressources naturelles, ou encore au changement climatique. Parce que l’agriculture intensive est reconnue comme étant le premier facteur de perte de biodiversité au monde et en Europe, nous considérons qu'il est urgent d'agir !
"Nous invitons toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans cette recherche d'alternative à cette agriculture productiviste qui nous conduit vers une catastrophe écologique et humaine, à nous rejoindre pour porter le message d'une agriculture citoyenne et territoriale durable. Construisons ensemble l'agriculture et la ruralité d'aujourd'hui et de demain" Claude Souriau, Co-Président d'InPACT A.