Après la liquidation judiciaire de l'Atelier Paysan le 21 avril, le mouvement se réinvente autour de deux associations engagées et continue à soutenir les projets pour donner une seconde vie aux machines agricoles.
L'Atelier Paysan ne s'éteint pas, il se transforme !
La liquidation judiciaire de la coopérative L’Atelier Paysan « ne mettra pas fin au projet politique et technique » qu’elle a porté pendant 12 ans. C’est le pari lancé par deux associations partenaires de cette société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) suite à la décision du Tribunal de commerce de Grenoble, le 21 avril. Un mois après la mise en liquidation, les associations Communs Paysans et Soudons, fermes ! constatent avec satisfaction que leur appel à poursuivre le projet technique et politique est largement suivi. Elles entendent désormais accompagner un mouvement d’ampleur pour prolonger cette dynamique.
Moins d’une semaine après le lancement de leur appel à mobilisation, un demi-millier de personnes avait déjà rejoint le mouvement en adhérant à l’association Communs Paysans pour affirmer leur souhait de voir se poursuivre ce projet et de « reconstruire un mouvement puissant en faveur de l’autonomie technique agricole ». Dans le même temps, plusieurs groupes locaux s’organisent, se reconnaissent dans le mouvement et se rapprochent du réseau Soudons, fermes !
Hugo Persillet, animateur national : « On se définit comme la plateforme francophone des technologies paysannes. On essaie de réduire les dépendances techniques des paysans envers l’industrie de la machine agricole. Le matériel et les bâtiments coûtent très cher, et ne sont pas toujours adaptés à l’agroécologie paysanne. On ne veut pas remplacer les équipementiers mais se placer là où personne n’est. L’idée est d’aller chercher ce qui se bricole déjà sur les fermes, pour le mettre en commun, sur le principe de l’open source, donc gratuit. »*
L’Atelier Paysan ne sera donc plus une entité juridique et économique : fragilisée par une dette insurmontable depuis 2020, la coopérative autrice du manifeste politique Reprendre la terre aux machines (éditions Le Seuil) disparaît après une douzaine d’années d’existence. Mais le projet, initié par des paysans en 2009 avec la première formation à l’autoconstruction de matériel agricole, se poursuit. Il est désormais porté par une association nationale et un large réseau de comités locaux. « Nous déclarons que ce mouvement s’appelle et continuera de s’appeler "l’Atelier Paysan" », ont déclaré les responsables des deux associations, qui ont décidé d’en reprendre les canaux de communication.
Hugo Persillet « On veut accompagner des groupes de paysans à concevoir eux-mêmes des prototypes. On invente l’outil dont on a besoin. Ce sont les usagers qui ont la meilleure expertise. On aide à la création du prototype, et une fois qu’il est stabilisé, on peut en faire un plan et le mettre à disposition de tous. Il y a déjà un millier de technologies référencées. Il faut préserver mais aussi inventer. L’agroécologie a besoin de nouveaux outils. Mais avoir le plan ne suffit pas, donc on forme aussi au travail du métal, dans la logique d’autoconstruction. Nous formons chaque année de 600 à 800 paysans. »*
Soudons ferme en Nouvelle Aquitaine
En 2023, la SCIC Atelier Paysan a initié une démarche d’essaimage, afin de promouvoir l’émergence de groupes locaux autour de l’autonomie technique paysanne. De cette démarche est né le réseau Soudons, Fermes !, qui depuis 2024, regroupe les essaims qui se revendiquent du projet de l’Atelier Paysan.
Un essaim n’est pas l’Atelier Paysan dans l’ensemble de ses activités. Un essaim est une structure locale qui s’engage à porter et animer la question de l’autonomie technique à l’échelle d’un territoire (plus grand qu’un canton, plus petit qu’une région). Il reste à définir, au cas par cas, quel serait le bassin le plus approprié. La construction d’un essaim suit un parcours qui permet son intégration progressive dans le réseau associatif Soudons, fermes ! En effet l'essaim passe par trois étapes d’accompagnement offert par l’Atelier Paysan : l’émergence, la qualification et l’autonomisation à l’animation territoriale. Les missions de ces relais locaux sont encore à définir, et seront fonction de l'intérêt des gens qui constitueront l'essaim.
Il en existe 3 dans la région.
Vous êtes paysan.ne, artisan.ne, structure de développement agricole et/ou rural ou citoyen.ne intéressé.e ?
Vous souhaitez développer l’agroécologie paysanne dans les fermes ? Renforcer l’action collective autour des savoir-faire paysans et l’équipement auto-construit ?
Vous avez la volonté de dynamiser un territoire par l’action collective ?
Toutes ces raisons, et bien d’autres encore, sont bonnes pour rejoindre le mouvement !
Si vous n’avez pas identifié d’essaim autour de chez vous (voir la carte), vous pouvez participer à une visio d’une heure qui vous en apprendra plus sur la démarche et les possibilités !

* Interview réalisée le 20 février dans les Deux Sèvres par la Nouvelle République lors d’une journée dite "d’émergence" dans le cadre de la démarche d’essaimage de l’Atelier Paysan

