Accueil Agriculture Durable Dérives de l'agriculture productiviste : "Des vaches dopées à la soude..."
Dérives de l'agriculture productiviste : "Des vaches dopées à la soude..."
Vendredi, 27 Février 2009 10:14

"L'industrialisation des pratiques agricoles ne s'embarasse guère de principe. Au nom de la productivité et de la compétitivité, certains éleveurs n'hésitent pas à incorporer de la soude caustique dans l'alimentation de leurs vaches laitières.

Une société vend aux élevages laitiers de ma région des mélangeuses distributrices d'aliments pour bétail de marque Keenan (Irlande). Elle fournit en même temps les conseils d'un nutritionniste afin d'optimiser l'alimentation des vaches.

Les machines sont solides, interessantes quant à l'efficacité et la qualité du mélange ; par contre elles sont plus chères que leurs concurrentes sur le marché. Le nutritionniste conseille une technique originale d'alimentation qui en plus de l'efficacité du matériel apporte une augmentation annuelle de production, annoncée de l'ordre de 1000 à 2000 litres de lait par vache.

Il s'agit de mettre des graines (blé, triticale ou colza par exemple) dans la mélangeuse, puis d'incorporer de la soude caustique et de l'eau à un dosage bien précis. La soude et l'eau provoquent une réaction chimique qui chauffe et décape par le mouvement de la mélangeuse, l'enveloppe des graines est décollée, ces graines n'ont plus besoin d'être broyées ou aplaties pour être digérées. Comme elles restent entières, elles sont digérées directement dans les intestins, plutôt que dans la panse.

L'intérêt, c'est qu'avec des concentrés classiques, sur vingt kilos de matières sèches par vache et par jour, on ne doit pas dépasser sept kilos de concentré (graines) ; mais avec l'utilisation de la soude caustique, on peut monter à dix voire treize kilos de concentrés (graines et tournesol) et conserver seulement sept kilos de fourrage. La ration est plus riche, plus "performante", ce qui explique les 1000 à 2000 litres de lait produits en plus par animal.

Sur le terrain, ça marche très bien, mais bizarrement les trois quarts de ceux qui ont essayé ont fini par arrêter. Les vaches tournent de fait en surrégime et au bout d'un à deux ans, des problèmes de sensibilité des animaux aux maladies, de fragilité, des problèmes de reproduction également, se font sentir, la soude caustique en partie mal transformée brûlant le tube digestif des animaux.

Le principe est pourtant utilisé sur la zone de production de beurre AOC Charentes-Poitou (1). C'est intolérable au niveau de l'éthique, et contre-nature pour les vaches. Les ruminants doivent consommer en majorité des aliments fibreux et naturels afin d'assurer une bonne rumination et rester en bonne santé. Court-circuiter ce processus naturel est une vision à court terme imbécile et dangereuse. On touche là un des points sensibles d'une industrialisation des pratiques agricoles qui ne respecte plus les fondamentaux et donne une image déplorable de l'agriculture, dans la droite lignée de l'hormone laitière ou les farines animales."

Bruno JOLY, paysan dans la Vienne

Source : Article paru In Campagnes Solidaires, n°234, novembre 2008.

Avec l'aimable autorisation de la Confédération Paysanne.

(1) L'Institut national de l'origine et de la qualité (Inao) voit cette technique d'un mauvais oeil.

 

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